L’orthographe de référence B (ORB) est une koïnè, un espéranto pour l’arpitan.

Non, l’ORB est juste une orthographe, qui permet donc de donner une forme unique à des mots qui ont la même étymologie mais des réalisations phonétiques différentes. En aucun cas l’ORB ne sert à uniformiser la syntaxe des parlers des différentes zones de l’Arpitanie, ni même la prononciation. Un exemple d’utilisation de l’ORB est donné dans la traduction de l’album de Tintin L’afére Pecârd, dans lequel chaque personnage parle un dialecte différent, mais où tout les mots sont orthographiés. Un peu comme si on avait fait en français un album où un personnage aurait parlé en québequois, l’autre en français de Belgique et un autre en français de Rhône-Alpes.Tout en respectant les formes grammaticales propres à chaque dialecte, on peut écrire de manière orthographiée. Seule la prononciation des mots n’est pas accessible, pas plus qu’elle ne l’est en français lorsqu’on correspond avec un valaisan ou un québequois.

Il faut déjà connaître un dialecte de l’arpitan à l’oral pour pouvoir prononcer à haute voix un texte en ORB.

Oui, il faut nécessairement déjà connaître un dialecte et le code de conversion de l’ORB vers l’oral dans ce dialecte pour pouvoir le lire à haute voix et prononcer des mots nouveaux en ORB, exactement comme en français, où l’on apprend d’abord à parler, puis à lire. Il faut apprendre comment se prononcent les différents graphèmes et les différentes syllabes. Par exemple le graphème « j » peut se prononcer de différentes manières suivant les endroits: « dz », « ye », « th » comme en anglais dans « the », etc. Par exemple encore, la syllabe « èr » peut se prononcer « èr » ou « ar ». Etc.

En ce sens, les graphies dites « phonétiques » seront toujours utiles pour l’apprentissage de la langue orale, car elles remplissent le rôle de l’alphabet phonétique international habituellement utilisé dans l’apprentissage des langues, mais qui n’a pas été diffusé dans le monde associatif arpitan, pour des questions de complexité de ses signes et de leur usage auprès des anciens, qui cherchaient un moyen simple pour transcrire leur langue.

Par conséquent il n’existe pas de « prononciation supradialectale », l’ORB ne sert pas à standardiser la langue dans ses formes orales. L’ORB ne sert qu’à pouvoir diffuser des textes à l’écrit à un public plus large que la communauté de locuteurs dans laquelle il a été écrit.

L’ORB est dans la continuité des graphies des auteurs du XIXème siècle.

Oui,  Dominique Stich n’a fait que prolonger les efforts entamé par les auteurs du domaine arpitan au XIXème siècle, qui écrivaient déjà de manière orthographiée, souvent inspirés par le français mais avec un grand nombre d’innovations notamment pour noter les sons et l’accent tonique particuliers de l’arpitan. En terme littéraire, le XIXème a été l’age d’or de l’arpitan, juste avant la IIIème république en France et la guerre de 14-18, avec un foisonnement de publications, de poésies, de chansons, de journaux, etc, et l’apparition de certains codes orthographiques partagés par les auteurs de régions étendues, comme en Savoie avec l’Ecole rumillienne.

L’ORB peut évoluer vers une autre version ?

Oui bien sûr, l’ORB peut évoluer dans ses formes, comme l’ORA la version précédente de l’orthographe de Dominique Stich avait évolué vers l’ORB, et cette évolution peut et doit se faire avec la participation des gens convaincus de l’intérêt d’une orthographe pour l’arpitan, et qui l’auront eux-mêmes vraiment expérimentée pour en découvrir les limites. De plus en plus de gens en découvrent l’intérêt, et nous espérons que la communauté pourra faire aboutir une ORC issue de l’usage de l’ORB.

Pourquoi une orthographe de référence supradialectale?

L’idée d’une graphie unifiée nous semble importante pour assurer une bonne diffusabilité des textes en arpitan dans une zone qui dépasse largement le cadre de la communauté dans laquelle ils ont été écrit. Cela signifie que des textes écrits en phonétique dans un patois donné ne sont habituellement pas lus par les locuteurs des autres dialectes pour des raisons de déchiffrabilité.

Lire un texte phonétique écrit dans un patois qu’on n’a pas l’habitude de lire est un exercice difficile et très fatigant, et généralement on arrête de lire ce genre de textes après quelques paragraphes. La raison de cette fatigue intense en est simple: pour déchiffrer le sens d’un texte en phonétique, on fait intervenir la zone de l’oralité du cerveau, et que pour lire de manière fluide, c’est la zone du langage écrit qui intervient. Les mots sont mémorisés de manière photographique dans la zone du langage écrit, et c’est pour ça qu’il est important qu’un texte respecte certains code stables pour une majorité des mots qu’il contient – les noms communs, les adjectifs par exemple – pour assurer sa lisibilité au-delà des premiers paragraphes par l’ensemble des locuteurs de la zone. Voir à ce sujet la présentation faite par l’Aliance culturèla arpitana au colloque d’Yvoire de l’Association des Enseignants de Savoyards en avril 2006.

Des mots comme lafé, lassé, et lahél ont tous la même origine étymologique signifiant « lait », et peuvent avantageusement être orthographiés « laçél » par tout le monde, chacun connaissant dans son patois, le code permettant de transcrire en son le mot écrit, tout comme on prononce « mehsieu » quand on lit « monsieur », et non pas « monsieuh re ». Dans cet exemple certains prononcent le « l » final, d’autres non, certains sauront que le « ç » est muet dans leur patois, et les autres prononceront naturellement après apprentissage « f » ou « ss » a la lecture du « ç ».

Il est évident qu’un graphie unifiée nécessite un apprentissage préalable, alors qu’une graphie phonétique peut être utilisée directement. Mais ceci n’est pas une limitation de la graphie unifiée, puisque cet effort d’apprentissage est en fait un investissement qui permet par la suite d’assurer une plus grande diffusion de textes, et donc une plus grande viabilité de la langue à terme, puisqu’il permet l’édition de livres en grande série, comme des livres scolaires pour ne citer qu’eux.

La graphie unifiée est également primordiale sur internet, pour pouvoir effectuer des recherches par mots clef sur un forum ou un site web, car il est impossible d’essayer toutes les formes orales possibles pour un mot clef lorsqu’on recherche de l’information. Les graphies phonétiques ont leur utilité pour la poésie et pour les anciens qui écrivent en patois et qui n’ont pas le temps, ni l’énergie, ni l’envie d’apprendre une orthographe, mais dès lors que l’on veut assurer la pérénnité d’une langue qui n’est plus réellement pratiquée dans toutes les situations de la vie quotidienne, il devient nécessaire de l’enseigner en classe et que l’intercompréhensibilité à l’écrit dépasse le cadre étroit de la région, du village, ou de la famille, pour s’étendre aux quelques dizaines de milliers de locuteurs actifs. Il est donc nécessaire d’enseigner aux enfants dans les cours de patois une graphie qui leur permettra de ne plus limiter l’usage de la langue de leurs aïeux à leur seul entourage proche.

C’est donc dans l’idée de contribuer à assurer la pérénnité de la langue arpitane que l’association Aliance culturèla arpitanna mène des actions médiatiques en langue arpitane et promeut l’idée d’une graphie supradialectale.

Image d’illustration: L’afére Pecârd. Copyright Hergé-Moulinsart-Casterman, 2016.