TURIN. Vendredi 27 mars dernier, à la Faculté de sciences politiques de l’Université de Turin, une thèse a été soutenue en langue arpitane pour la première fois en Italie.

Il s’agit d’un travail sur la comptabilité de l’État et des établissements publics intitulé « Les transfèrements financiérs ux Comenes : èvolucion a nivél d’Ètat et a nivél Vâldoten » et réalisé par Luca Tillier, un jeune Valdôtain domicilié à Pontey.

Un événement que les amateurs de l’arpitan n’hésitent pas à qualifier d’historique, bien qu’à vrai dire, la présentation n’ait pas été entièrement en cette langue, contrairement à ce qui était prévu au début. Jusqu’à présent, personne n’avait pensé utiliser le « patois » (c’est le terme employé, encore de nos jours, pour indiquer l’arpitan) pour rédiger et soutenir une thèse universitaire, d’autant plus que le sujet choisi comporte des termes techniques et de spécialité.

Discuter de péréquation, de ventilation des recettes de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, d’investissements et de relations État-Régions autonomes en une langue rarement employée pour ce faire n’est sans aucun doute pas facile, mais le néo-diplômé Luca Tillier a prouvé que c’est possible. En mettant en pratique les chances offertes par la loi n° 482 de 1999 sur la protection des minorités linguistiques historiques, il a demandé – d’un commun accord avec son directeur de thèse, le professeur Franco Gaboardi – à soutenir celle-ci en arpitan, avec le support de fiches vidéo-projetées comprenant une traduction en italien.

Cette requête a été accueillie par la présidence de la Faculté, à condition qu’au moins un membre du jury soit en mesure de comprendre la langue utilisée. Ainsi le co-directeur de thèse Robert Louvin, ancien président du Conseil régional de la Vallée d’Aoste et professeur universitaire, a participé aux travaux.

« Quand il m’a été demandé d’assurer la co-direction de cette thèse, je n’ai pas hésité – affirme Louvin. J’apprécie énormément l’effort de ce jeune pour donner une dignité à notre langue. Cette remarquable nouveauté a une valeur hautement symbolique ». Quant à lui, Luca Tillier, sa maîtrise dans les mains, n’a pas caché à ses parents ni aux amis venus de la Vallée d’Aoste pour le soutenir une pointe de déception pour ne pas avoir pu achever la discussion dans sa langue, à cause des objections soulevées par deux membres du jury, les professeurs Scagni et Contini. « Je ne m’y attendais pas – a-t-il dit – mais cela ne fera que renforcer mon engagement pour la mise en valeur de l’arpitan ».

Car le chemin à parcourir pour l’application concrète de la loi de protection des minorités linguistiques paraît encore long, notamment pour ce qui est de l’arpitan, cette langue parlée tant en Vallée d’Aoste que dans certaines vallées du Piémont, dont les Vallées Orco et Soana.

Cette loi prévoit, entre autres, l’utilisation des langues minoritaires dans les actes des collectivités publiques et dans les émissions radiophoniques et télévisées, de même que leur introduction dans l’enseignement, depuis le primaire jusqu’à l’université.

Ornella De Paoli
La Sentinella del Canavese – 2 avril 2009, page 23 – Section : Haut Canavais
Traduction de l’italien par Sonia Chabod et ACA.


Photo d’illustration: Luca Tillier lors d’une conférence à Barcelone.